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Les statuts de la confrérie de
Sainte Anne
En 1837 l’abbé Amans Besse, curé de Panat,
s’est penché sur un vieux document écrit en 1423. Se rendant compte de
l’antiquité du document, il l’a copié aussi fidèlement que possible dans son
Livre de la paroisse de Panat, se fiant sans doute, pour des mots difficiles,
au patois de son époque. Ayant terminé son travail, il a noté que, par suite
d’un ordre de l’évêque de Rodez du 17 mars 1837, la manière de célébrer cette
fête venait d’être modifiée: le joyeux reinage de jadis a été remplacé
par une messe et exposition et bénédiction du Saint Sacrement. L’intérêt que
Besse prenait dans les vieilles célébrations autour de la fête votive de Sainte
Anne, a-t-il été suscité par l’interdiction de ces célébrations par l’évêque?
Cela paraît fort possible, car la lettre de l’évêque date de mars 1837, et la
première dizaine de pages du Livre de la paroisse semblent dater aussi de
1837.
(Voir notre page sur la
statue de sainte Anne du XVe
siècle.)
Voici les mots
d'introduction de Besse (fonte avec empattements), suivis du document (fonte sans empattements), et enfin du post scriptum de Besse (fonte avec empattements):
En 1423 il fut fait un vœu en l’honneur de
sainte Anne, pour obtenir par son intercession la délivrance d’une peste qui
ravageait la contrée. Nous le transcrivons ici tel que nous l’avons trouvé dans
un manuscrit ancien qui est peut-être l’original:
"Lous extatux de la confrayrie Madone Ste.
Anne al castel de Panat. Al non de la Saincte Trinitat, payre - fil et
sainct-Sprit et de la gloriouse Verges-Marie et Madone Sete Anne et de tous
lous Saincts et Sainctes de Paradis, que lan que on compte mil quatre cens
vingts très et lou doxiesme jour d’agoust foget faich vot à lonnour de Diou
et de la Verges-Marie et madone Sete Anne. Al qual an ère grande caristia de
bes et de grande pestilence et infirmitat de bossa ~ Douc foget faich bot a
madone Sète Anne en grande devotion de pobble et grand cop de bones gens que
avia al presen castel de panat ~ le boderou a madone Sete Anne que lour
impetres gracia de nostre Seygnour; so per que optene quoy que indignès lon
luy faria dire chascune sepmane une messe al jour que sa cèlebritat seria
estado la présente annade et per la gracià de diou toute cesset ~ Et foget
faich lou presen bot en la voulountat de tres Canonges de la venerabble
gleiso nostre damme de Rodes comme Moser Joan fabre, moser Joan Guibert,
moser Peyre fabre, et nobble Joan Boysiere Viguier de Roudes, moser Joan
Roquier, et moser Guy Rivet retire [lire: reître?] de Panat, et
autrès capellas et habitans del castel de panat. Lou tout extatuat et
ordonat comme s’en sec:
Et premeyramen foget estabblit et ordonat
que chascun cap dostal enbé toutte sa famillo qui voldra estre participan en
las dictes messes pagaria per tout loustal xx (20) desniers et tout autre
qui voldra esse per sè pagaria x desniers.
Item plus foget extatuat et ordonat qué on
y agès chascun an quatre bailles dous del sus dit castel et dous de forens
qui agou a garda la dicte confrayrie.
Item plus es estat estabblit et ordonat que
touts Confrayres et Confrayresses seran tenguts chascun an venir al dit
castel de Panat lou jour de Madone Saincte Anne per acompagna la procession
ausg [sic] là messe et legi lous Extatux de la dicta confrayrie et
que lous bailles sian tenguts fa apareilla lou dinna sufixen al despens de
la dicte confrayrie et chascun confrayre et confrayresse sian tenguts pagar
huict desniers torneses per lou dict dinna siur taule.
Item plus es estat estabblit et ordonat que
aquel que noun volrien veni al dict dinna ajou a ou manda huict jours devant,
car autramen lour fara paga, com’si ierou, lou dinna.
Item foxet ordonat et estabblit que aquelès
que nou voldrion esse en argen que pagou una emina de vy, per tout loustal
et un tout soul per sè pagè una cope de vy.
Item plus es estat establit et ordonat que
lou lendema se faste ____ [illisible] cantaygè per lous confrayrès et
confrayresses trespastates per lous capellas de la dicte confrayrie et que
lous dicts bailles ____[illisible] compradou sy nia sian tenguts donna dinna
als dicti capellas, et quatre deyniers tornesses per lous drech.
Item plus es estat estabblit et ordonat que
lous capellas et confrayres de la parochia de panat cantou la dicte
confrayrie et que sian pagats et satisfacts per lous dits bailles ou
compradou sy ny a.
Item plus es estat estabblit et ordonat que
chascun capella de la dicte confrayrie sya tengut dire dos messes per lous
confrayres et confraysses tant bibens que morts, et que lous que seuls
Clerets que sabou l’office des morts lajou a dire tres cops et que aquèles
que non sabou dire des morts sian tenguts dire lous sept saulmes quatre cops
et ajen a préga tant per lous bieux que per lous morts et que lous laycs et
laycos syan tenguts chascun dire sixsanto fès lou pater noster et sixsanto
fès l’Ave Maria per lous confrayres tant bieux que trespasats.
Item plus estabblit et ordonat que sia pax
amour et fraternitat entre lous dicts confrayres et que s’y abia dequs debat
al desacourt (à découvert) meme ____ [illisible: tache d’encre] malvoulencia
entre dous confrayres, que lous bailles lous ajou a acorda et que aquel que
non bouldra esta a l’ordonance des dicts bailles sya expellit et tirat de la
dicta confrayrie.
Item plus es estat estabblit et ordonat que
lou jour de Sete Anne lou capella de la dicto gleiso baille dira la messo
darnieyro et lou dict jour chascun confrayre et confrayresse sera tengut
lentendre tant devotamen que fa se poyra, com’ou estat dich al commencamen
et ana offry ambe [? tache d’encre] la caudela de la dicta confrayrie
alucado et pres sen torna a la dicta confrayrie, Et lou Retou del dict
castel de Panat ou soun vicary sera pagat per lous bailles ou sy ia
compradou tant per l’offictse letgi de lous extatux et aultres solempnitats
acastumados a la dicta messe de la confrayrie chascun ay dous sauls tornes
lou lendema de la dicta confrayrie.
Item plus es estat estabblit et ordonat que
s’il y abia en la dicta confrayrie aucun confrayre ou confrayresse juradou
Renegadou ou blasfemadou del noun de Diou ni de la Verge Marie ni des
Saincts ou Sainctos de paradis lous baylles ajou a lous coregi et reprehenda
et syr [?] crou tant adonats et obstinats en lous pecats et maloficates qui
non se boulgessou emenda ni coregi lous maubeso vida per la rèpresentactious
des dicts bailles que lous ajou expelli tira et toutalamen raia de la dicta
Confrayrie.
Item plus es estat estabblit et ordonat que
tout confrayre et confrayresse que aja estat un an et un jour en sentencia
d’excommunicatioun problabblo que sia per lous dicts bailles jetat tirat
raiat et toutalamen forclos de la dicta confrayrie.
Item plus es estat ordonat com’dich suls
que lous bailles de la dicta confrayrie puisquou et dujou recaubre
confrayres et confrayresses la ou ne trobariau masque siau gens de be et
lous fassou enregistrà el libre de la dicta Confrayrie.
Et finabblamen dich estabblit et ordonat
que lou capella que dira la messo diacre soubsdiacre et predicayre sy ia
com’ausy touls aultrès capellas que assistariau à la processiou et aurion
offerto la dicte messo serian quittes de lescot et dispens del compradou.
Tout a la plus grande glorie de diou la
Verge Marie et Madone Sete Anne.
Plus tard il s’est introduit un changement dans
l’accomplissement de ce vœu. Voici ce qui s’est pratiqué jusqu’en 1837:
Le jour de la solennité de sainte Anne, on
faisait, après l’Évangile de la Messe qu’on a toujours dite à dix heures, la
lecture des sus dits statuts et on donnait, après l’offertoire, l’offrande au
Roi et à la Reine de ste Anne. La messe finie, on allait en procession au
cimetière de la paroisse chantant les litanies de ste Anne. On faisait une
station à la croix en chantant le Libera, et après l’absoute on
retournait à l’église en continuant les mêmes litanies. Le soir, après vêpres,
avait lieu aux enchères, sur la porte de l’église, le reinage de ste Anne pour
l’année prochaine. Outre le reinage de ste Anne, il y avait celui de st Julien,
qui avait lieu le jour de la solennité, avec les mêmes cérémonies et le chant
des litanies de st Julien. Ce reinage consistait à mettre aux enchères une
certaine quantité de cire; le jeune homme et la jeune fille qui en avaient
offert le plus, étaient proclamés Roi et Reine de ste Anne ou de st Julien, et
l’année d’après, à l’époque de la fête de st Julien ou de ste Anne, ils
achetaient chacun trois cierges du poids qu’ils avaient promis l’année
précédante, et assistaient aux offices et à la procession avec le cierge allumé.
Le reinage avait lieu aussi à Valady et à Fijaguet [à] la fête de st Roch. Comme
ces reinages donnaient lieu à beaucoup d’abus, Monseigneur [Pierre] Giraud,
évêque de Rodez, les a supprimés par une lettre qu’il m’a adressé le 17 mars
1837, et tout se borne maintenant relativement à cette fête votive, à dire la
messe de ste Anne le dimanche qui en suit la fête, avec exposition et
bénédiction du Très Saint Sacrement en vertu d’une permission accordée à M.
l’abbé Chauchard, notre prédécesseur, par M. [Ambroise] Mazars, vicaire général.
(Source: Livre de la paroisse de Panat,
pp. 6-10
À plusieurs reprises Émile Cayron, le
successeur de l’abbé Besse, a tenté de raviver la vieille dévotion pour sainte
Anne — mais il reste toujours dans les normes précisées par l'évêque en 1837: une
messe et/ou l'exposition du Saint Sacrement:
L’an 1877 et le 29 juillet, dimanche dans
l’octave de ste Anne, la paroisse de Panat célébrait une touchante fête. Il
s’agissait d’honorer ste Anne, dévotion très ancienne dans cette paroisse,
jour d’adoration, car l’autorité diocésaine avait permis d’exposer le st
Sacrement comme au jour de l’Adoration Perpétuelle. Ainsi le st Sacrement a
été exposé à partir de la grand’messe dite à 10 heures jusqu’après les
vêpres dites à 3 heures. Mais le plus grand objet de la fête c’était la
bénédiction apostolique donnée après les vêpres à la paroisse par M. Cayron,
curé de la paroisse, en vertu d’une permission accordée par notre st Père le
pape Pie IX, aux curés qui ont fait partie du pèlerinage de Rodez au tombeau
des saints apôtres à Rome [64] dans l’audience du 12 mai 1877. Le curé de
Panat ayant fait ce pèlerinage a donné à ses paroissiens et à tous ceux qui
se trouvaient présents, la bénédiction apostolique. M. l’abbé Vougues,
vicaire à Clairvaux, nous a donné une excellente instruction simple et clair
sur le souverain pontife, faisant connaître sa situation et les moyens de
venir à son secours. L’église avait été décorée de guirlandes d’oriflammes
pontificales et de beaucoup de lumières. Les paroissiens ont correspondu à
cette fête avec un certain empressement malgré la coïncidence avec la fête
patronale de St-Christophe. Un bon nombre de personnes se sont approchées
des sacrements. Cependant il n’y a pas eu tout l’empressement qu’il aurait
eu à désirer, du moins de certaines personnes qui restent insensibles et
froids devant les choses les plus touchantes de la religion. Il y avait
néanmoins des étrangers à la paroisse.
Fait à Panat le 29 juillet 1877, Cayron curé. (p. 64)
1879 La paroisse de Panat n’avait pas
encore son jour d’Adoration Perpétuelle. Mgr [Bourret] ayant voulu que
toutes les paroisses, même les plus petites, eussent un jour pour cela, le
jour fixé pour Panat est le dimanche dans l’octave de la fête de ste
Anne, jour qui a été choisi en mémoire de l’antique dévotion à ste
Anne dans cette paroisse et fixée au dimanche afin d’attirer plus facilement
les adorateurs aux pieds des autels. (p. 64)
[1887] La chaire, souvenir de la retraite
de 1886, a été installée le dimanche 31 juillet, fête de l’Adoration
Perpétuelle et solemnité de ste Anne pour la paroisse.... (p. 76)
Le 31 juillet 1892, pour célébrer à Panat
la fête de l’Adoration Perpétuelle et aussi de ste Anne avec
l’érection d’une statue à la mère de la ste Vierge. ... M. le
vicaire général a donné le sermon très-appar[i]é aux circonstances. D’abord,
comme c’était pour l’Adoration, il nous a parlé de la sainte Eucharistie.
Mais comme la solemnité avait aussi pour but d’honorer ste Anne,
il nous a aussi entretenu d’une manière très-instructive et très-éloquente
de la mère de la sainte Vierge. En finissant il a engagés [sic] les
mères chrétiennes à se faire inscrire sous le patronage de ste
Anne et de faire revivre ainsi cette confrérie qui existait il y a près de
cinq cents ans à Panat. ...La cérémonie s’est terminée par l’inscription des
mères chrétiennes qui sont allé[es] presque toutes donner leur noms pour
appartenir désormais à l’association des Mères Chrétiennes sous le patronage
de ste Anne. (pp. 77-79)
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